" C'est à ce moment qu'il a irrémédiablement envie d'elle et qu'il lui met une musique russe qu'elle réclame à cris et à corps (en le caressant tellement bien qu'il oppose une résistance dure qui vaincra les siennes très facilement et il en viendra à bout - jusqu'au plafond, la matrice). "
Le premier soir, on s'interroge. On se demande si la fatigue de la journée n'y est pas pour quelque chose. Parce que, tout de même, ce roman, on se souvient très bien du succès qu'il a eu, ou, du moins, qu'on lui a accordé en son temps. Entendons-nous ! Par on, ce sont les autres, tous les autres à l'exception des vrais lecteurs, qu'il faut entendre. C'est à dire ceux qui ont tout fait pour convaincre le lecteur potentiel d'acheter le roman en question, non de le lire - de toutes les façons, et c'est heureux, ils n'en ont pas encore le pouvoir.
Le deuxième soir, quand on reprend le livre, disons qu'on en est arrivé à la trentième page, on s'aperçoit très vite qu'on a tout oublié de ce qu'on a lu la veille. Alors on suppose qu'il doit y avoir un problème. Et on cherche une explication. Surtout qu'il n'y a aucune raison, a priori, pour que la faute en soit à l'auteur. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher le hic. Et la meilleure façon de le trouver, c'est encore de tout recommencer depuis le début et de se dire ensuite : demain, on verra bien.
Survient tout naturellement le troisième soir. Et là, nouvelle panne ! Bon sang, mais de quoi est-il donc question dans ce bouquin ? D'une femme qui écrit à propos d'un bonhomme ? D'accord, mais l'histoire ? Le fil conducteur ? Alors, le livre, on se prend à le feuilleter lentement, on s'arrête à certaines pages, on s'aperçoit que la ponctuation est des plus hésitantes, quand elle ne fait pas défaut. On remarque également qu'il y a parfois des lignes incomplètes, des parenthèses ouvertes mais jamais refermées, etc. On s'imagine alors avoir tout compris : tout ça, c'est de la faute de l'imprimeur qui a fait n'importe quoi et de l'éditeur qui n'a pas su l'en empêcher.
Quand arrive le quatrième soir, on se dit qu'on est certainement dans l'erreur la plus complète. Car les critiques littéraires, eux, s'il y avait eu tant d'erreurs, ils s'en seraient tout de même aperçus, pas vrai ? Quoi que... A moins qu'ils ne l'aient pas ouvert du tout, le bouquin, et qu'il ne s'agisse finalement que d'une opération marketing bien orchestrée ? Mouais...
" Le bras arrondi avec gentillesse autour du
crâne, Grégoire gravissait les dernières pentes de la butte de Beaumont. Le souffle court dans l'air qu'exhalaient les pierres déjà tièdes et aveuglantes, il grimaça, patoisant sous l'effort : Tu
vas voir mon " observatouer ", de là on peut regarder plus de cent kilomètres de pays quand la brume est partie... "
" Fred demanda au vieil homme s'il n'aimerait pas voir
la neige éternelle. Antoine leva un poing au ciel. Il n'avait pas neigé sur le pays, une fois, trente ans auparavant. "
" Ross mange tout le temps du homard. C'est, selon les médecins, le seul
aliment qui puisse le faire maigrir. Vous verrez, ce soir, nous dînerons de homards frais. " C'est là ce que les époux Tripp annoncent à Ange, trempé comme une soupe, lorsqu'ils l'invitent à
monter dans leur voiture, tandis qu'il marche, un soir de grande pluie, à destination de l'inconnu.
Un certain été, Janey et son jeune frère Jim passent leurs vacances au bord d'un lac. Livrés à eux-mêmes par des parents plus occupés à boire et distraire
leurs amis, le lac leur sert de terrain de jeux. Jeaney se substitue à leur mère auprès de Jim, elle tente de le protéger, jusqu'au jour où...
Un livre court, comme je les aime souvent. Un livre qui va droit au but. Comme si Warwick Collins, vu le monde tel qu'il
est, n'avait pas de temps à perdre. En quatrième de couverture, voici ce qui nous est dit : " Ez, Reynolds et Jason, trois immigrants jamaïcains, sont hommes de ménage dans des Toilettes
Messieurs. L'endroit est fréquenté essentiellement par des homosexuels qui en ont fait un lieu de rendez-vous très actif. La réputation de l'établissement public se dégrade de jour en jour."
Alors arrive ce qui doit arriver : la municipalité décide de faire cesser cet état de fait et les charge tous les trois, Ez, Reynolds et Jason, de prendre toutes mesures nécessaires pour
débarrasser l'endroit de ces indésirables... " Les conséquences en seront plutôt inattendues..." nous dit-on encore. Inattendues, oui, mais ô combien savoureuses.
Les éditions De Borée viennent de re-publier, dans leur collection Terre de poche, le très beau roman de
