Lectures

Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 19:13

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" C'est à ce moment qu'il a irrémédiablement envie d'elle et qu'il lui met une musique russe qu'elle réclame à cris et à corps (en le caressant tellement bien qu'il oppose une résistance dure qui vaincra les siennes très facilement et il en viendra à bout - jusqu'au plafond, la matrice). "

 

Le premier soir, on s'interroge. On se demande si la fatigue de la journée n'y est pas pour quelque chose. Parce que, tout de même, ce roman, on se souvient très bien du succès qu'il a eu, ou, du moins, qu'on lui a accordé en son temps. Entendons-nous ! Par on, ce sont les autres, tous les autres à l'exception des vrais lecteurs, qu'il faut entendre. C'est à dire ceux qui ont tout fait pour convaincre le lecteur potentiel d'acheter le roman en question, non de le lire - de toutes les façons, et c'est heureux, ils n'en ont pas encore le pouvoir.

 

Le deuxième soir, quand on reprend le livre, disons qu'on en est arrivé à la trentième page, on s'aperçoit très vite qu'on a tout oublié de ce qu'on a lu la veille. Alors on suppose qu'il doit y avoir un problème. Et on cherche une explication. Surtout qu'il n'y a aucune raison, a priori, pour que la faute en soit à l'auteur. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher le hic. Et la meilleure façon de le trouver, c'est encore de tout recommencer depuis le début et de se dire ensuite : demain, on verra bien.

 

Survient tout naturellement le troisième soir. Et là, nouvelle panne ! Bon sang, mais de quoi est-il donc question dans ce bouquin ? D'une femme qui écrit à propos d'un bonhomme ? D'accord, mais l'histoire ? Le fil conducteur ? Alors, le livre, on se prend à le feuilleter lentement, on s'arrête à certaines pages, on s'aperçoit que la ponctuation est des plus hésitantes, quand elle ne fait pas défaut. On remarque également qu'il y a parfois des lignes incomplètes, des parenthèses ouvertes mais jamais refermées, etc. On s'imagine alors avoir tout compris : tout ça, c'est de la faute de l'imprimeur qui a fait n'importe quoi et de l'éditeur qui n'a pas su l'en empêcher.

 

Quand arrive le quatrième soir, on se dit qu'on est certainement dans l'erreur la plus complète. Car les critiques littéraires, eux, s'il y avait eu tant d'erreurs, ils s'en seraient tout de même aperçus, pas vrai ? Quoi que... A moins qu'ils ne l'aient pas ouvert du tout, le bouquin, et qu'il ne s'agisse finalement que d'une opération marketing bien orchestrée ? Mouais...

Par Gérard Glatt - Ecrire un commentaire
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Jeudi 8 septembre 2011 4 08 /09 /Sep /2011 10:31

au-cafe-de-leglise-jm-soyez.jpg " Le bras arrondi avec gentillesse autour du crâne, Grégoire gravissait les dernières pentes de la butte de Beaumont. Le souffle court dans l'air qu'exhalaient les pierres déjà tièdes et aveuglantes, il grimaça, patoisant sous l'effort : Tu vas voir mon " observatouer ", de là on peut regarder plus de cent kilomètres de pays quand la brume est partie... "


Il s'appelle Grégoire Guiner, il est cantonnier d'un village situé au bord de la Gironde, et jamais on ne le voit sans son " crève-sot ", une espèce de piochon qui lui sert un peu à tout. Un jour, sous les racines d'un cyprès, il découvre un crâne humain. Un crâne vieux de plus de 250 ans.

 

S'ensuit, entre Grégoire et ce crâne, une histoire à la fois des plus drôles et des plus émouvantes. A qui donc pouvait appartenir ce crâne ? Et, maintenant, qu'en faire ? Le remettre là où il était ? Ou bien l'inhumer dignement, comme on ferait d'un ami, plus dignement certainement qu'il ne l'a été voici bien longtemps ?

 

Tout autour de Grégoire, nombre de personnages circulent, se bousculent, s'épient, se réunissent au bistrot de l'église pour décider, aujourd'hui, du sort du pauvre crâne, et demain, pour faire en sorte que Grégoire, enfin, cesse de turlupiner le monde avec ça.

 

Comme à son habitude, Jean-Marc Soyez, disparu en 2009, et que j'avais rencontré à Lille en 1977, avait réussi là un joli tableau paysan, l'un de ces tableaux qui, servi par un style allègre et frais, font toujours nos bonheurs. A lire, pour respirer l'air du large et oublier le vacarme des villes.

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Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 15:36

la-neige-eternelle-o-deck.jpg " Fred demanda au vieil homme s'il n'aimerait pas voir la neige éternelle. Antoine leva un poing au ciel. Il n'avait pas neigé sur le pays, une fois, trente ans auparavant. "

 

Fred a treize ans. Quand il arrive chez Antoine, son grand-père, une espèce de bourru qu'il n'a encore jamais vu et qui vit, tout là-bas, dans sa campagne du sud-ouest, c'est comme s'il débarquait en pleine jungle. A priori, l'un et l'autre ne sont guère faits pour s'entendre, et le plus méfiants des deux, en l'occurrence le gamin, toujours sur la défensive et souvent boudeur, est bien décidé à résister aux manigances supposées du vieux. Et puis, le temps passant, la confiance s'instaure. Et s'instaure bientôt l'amour entre un grand-père qui ne doit pas se laisser grignoter par un vilain cancer et son petit-fils qui fera tout pour cela.

 

Un roman où tout est presque attendu, voire espéré par le lecteur, et d'une extrême sensibilité. Un roman où il fait bon respirer, où l'air est pur et frais, et qui nous entraîne, sans résistance aucune, là où nous attend l'immaculé de la neige éternelle.

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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 16:54

beau-regard-pr-gg " Ross mange tout le temps du homard. C'est, selon les médecins, le seul aliment qui puisse le faire maigrir. Vous verrez, ce soir, nous dînerons de homards frais. " C'est là ce que les époux Tripp annoncent à Ange, trempé comme une soupe, lorsqu'ils l'invitent à monter dans leur voiture, tandis qu'il marche, un soir de grande pluie, à destination de l'inconnu.

 

De fait, c'est à ce dîner où l'on ne mange que du homard, qu'avec les yeux d'Ange, Patrick Roegiers nous invite.

 

Sans nul doute, il s'agit là d'un chef d'oeuvre. Chef d'oeuvre littéraire peut-être pas, je parle de l'écriture qui ne m'a pas toujours comblé, mais chef d'oeuvre d'observation et de supputations cruelles et corsées, rarement succulentes malgré le met proposé, parfois même écoeurantes. Comme une peinture du Quattrocento revue et corrigée par un artiste de talent du XXe siècle. Forcément splendide.

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Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 16:44

pluie-k-gunn-gg Un certain été, Janey et son jeune frère Jim passent leurs vacances au bord d'un lac. Livrés à eux-mêmes par des parents plus occupés à boire et distraire leurs amis, le lac leur sert de terrain de jeux. Jeaney se substitue à leur mère auprès de Jim, elle tente de le protéger, jusqu'au jour où...

 

Mais pourquoi avoir tant attendu à révéler au lecteur ce qu'il a compris dès les premières pages ? Assurément, ce pourrait bien être là une question de critique - assez agaçante, d'ailleurs -, que le lecteur ne se pose jamais, surtout lorsqu'il a effectivement pressenti quel personnage frapperait le destin, que les non-dits de l'auteur, au fil des pages, n'ont cessé de lui murmurer. Et pourquoi le lecteur ne se pose-t-il jamais cette question ? Tout simplement parce qu'ainsi son imaginaire a libre cours et que, bien souvent, il n'attend rien d'autre du roman dont il entreprend la lecture : être guidé, oui ; mais certainement pas frustré.

 

En ceci, le roman de Kirsty Gunn est une véritable réussite, car si l'on sait où l'on va, le bonheur de lecture demeure permanent, et l'on comprend aisément les raisons pour lesquelles il fut si bien accueilli lors de sa publication en France, en 1996.

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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 11:01

la-pissotiere-gg.jpg Un livre court, comme je les aime souvent. Un livre qui va droit au but. Comme si Warwick Collins, vu le monde tel qu'il est, n'avait pas de temps à perdre. En quatrième de couverture, voici ce qui nous est dit : " Ez, Reynolds et Jason, trois immigrants jamaïcains, sont hommes de ménage dans des Toilettes Messieurs. L'endroit est fréquenté essentiellement par des homosexuels qui en ont fait un lieu de rendez-vous très actif. La réputation de l'établissement public se dégrade de jour en jour." Alors arrive ce qui doit arriver : la municipalité décide de faire cesser cet état de fait et les charge tous les trois, Ez, Reynolds et Jason, de prendre toutes mesures nécessaires pour débarrasser l'endroit de ces indésirables... " Les conséquences en seront plutôt inattendues..." nous dit-on encore. Inattendues, oui, mais ô combien savoureuses.

 

Un bonheur de lecture, une magnifique leçon de tolérance. Une fable réjouissante, discrètement subversive, qui donne à réfléchir sur toutes les formes de racisme. Avec une traduction percutante de l'anglais de Robert Davreu.

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Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 16:14

maitre-d-ecole_gg.jpg Les éditions De Borée viennent de re-publier, dans leur collection Terre de poche, le très beau roman de Pierre Gamarra : " Le Maître d'école. " J'ai déjà évoqué cet ouvrage dans la page, trop courte, que j'ai réservée à cet écrivain, disparu il y a deux ans, et que j'ai eu la chance de connaître.

Publié tout d'abord en 1955 par les Editeurs Français Réunis, puis à nouveau en 1966, " Le Maître d'école " avait été particulièrement bien reçu, tant par les lecteurs que par la critique. Par exemple, dans Les Lettres Françaises, Pierre Daix écrivait : " Pierre Gamarra nous conduit là où aucun romancier de sa génération n'avait osé s'aventurer, dans de petits villages où il ne passe rien d'autre que la vie des hommes. "

La collection Terre de Poche, accessible à tous, du moins au porte-monnaie de tous ceux qui souhaitent lire, permettra certainement à beaucoup de redécouvrir un auteur indispensable, et à la belle humanité.

On se dit aussi que " Le Maître d'école " pourrait être lu fort utilement tant par les parents d'aujourd'hui que par ceux qui enseignent leurs enfants. Pour les uns et les autres, une superbe leçon de vie, ou de savoir vivre, en ces temps où l'on s'interroge parfois sur le bon sens de chacun.

Aurons-nous aussi l'occasion de relire " La Femme de Simon, " la suite de ce " Maître d'école " ? Nous ne pouvons que l'espérer. " Une figure exceptionnelle et qu'il sera difficile d'oublier, " écrivait à son propos Le Figaro Littéraire, en 1962.

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