Chroniques

Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 21:20

le-temps-de-l-oubli-g-glatt Dans cinq jours maintenant, " Le Temps de l'oubli " sera en librairie ; les librairies en ligne n'indiqueront plus " à paraître " ; les dés seront jetés... Bien sûr, je sais que ce n'est pas avec un appétit d'ogre qu'on se jettera dessus... Pourtant, malgré la crise, malgré les politiciens, ces hâbleurs, bonimenteurs et autres foutriquets qui, en ces temps assez durs, s'amusent prétentieusement par-dessus nos têtes, je veux y croire...

 

En tout cas, je garderai le meilleur souvenir du travail que j'ai effectué avec mes interlocuteurs "privilégiés" chez De Borée... Travail rare et de qualité où écrivain et éditeur se tiennent la main pour donner au lecteur, chacun à sa façon, le meilleur de lui-même. Il y a trente cinq ans, lorsque j'ai publié mon premier roman, chez Calmann-Lévy, c'était ainsi. Roger Vrigny, directeur littéraire de cette noble maison, nous (les auteurs) indiquait nos erreurs, nous aidait à les corriger ou à parfaire ce que nous trouvions pourtant déjà très bien.

 

Aujourd'hui, hélas, ce n'est plus que rarement qu'un éditeur intervient dans le travail de l'écrivain. Et c'est assez désolant... D'autant plus d'ailleurs, que, bien souvent, ce que l'on nous donne, et que les journalistes encensent entre eux sans honte ni vergogne, voire en famille, n'a plus d'apparence et de fond que ceux d'une purée mal écrasée, fade, sans ciboulette ni persil. Et le plus malheureux dans tout cela, c'est que le lecteur, faute de grives, se contente sans mot dire de ces merles !

  

Aigreur, direz-vous ? Non, simple constatation qui ne date pas d'hier et que formulait déjà l'Académicien français Bertrand Poirot-Delpech, en 1977, alors feuilletoniste du Monde des Livres, à propos de deux ouvrages sortis cette même année, l'un de Jean Daniel, Le Refuge et la Source, l'autre de Pierre Silvain : Les Espaces brûlés.

 

espaces-brules-ps-gglatt.jpg Voici ce qu'il écrivait : " Des deux "pieds noirs " qui évoquent cette semaine leur enfance au Maghreb, on peut parier sans les avoir lus que Jean Daniel fera plus parler de lui que Pierre Silvain. Le premier va en effet profiter, comme auteur, de la notoriété et du pouvoir acquis comme directeur d'un grand hebdomadaire, alors que le second, dont dix livres remarquables mais confidentiels n'ont su briser l'anonymat de petit fonctionnaire, devra attirer l'attention par les seuls mérites de son écriture, ce qui ne constitue plus désormais une recommandation suffisante. "

 

Peu de temps après, Bertrand Poirot-Delpech avait gagné son pari ! Après avoir publié sept ouvrages au Mercure de France, dont Les Espaces brûlés, Pierre Silvain fut gentiment prié ensuite, on saisira l'euphémisme, par le dirigeant de l'époque, de chercher un autre éditeur.

 

Ce jour même, à cette heure.

Par Gérard Glatt - Ecrire un commentaire
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 18:19

le-temps-de-l-oubli-g-glatt.jpg Depuis quelques semaines, du matin jusqu'au soir, je sens l'inquiétude monter en moi, comme une impression de fièvre. Je sais que cela n'a aucun sens, et pourtant c'est ainsi. Pourquoi ? Parce que la sortie de mon prochain roman approche à grands pas : " Le Temps de l'oubli ". Un ouvrage dont les éditions De Borée ont annoncé la parution à partir du 27 janvier prochain, mais dont la couverture, depuis bientôt presque trois mois déjà, figure dans toutes les librairies en ligne, bien souvent en précommande, qu'il s'agisse d'Amazon, de la Fnac, de Decitre, de Chapitre, etc.

 

Inquiétude, fébrilité. S'il s'agissait encore d'un premier roman ! Mais, non. Car ce sera tout de même le septième livre et, parmi eux, le cinquième roman. Alors, pourquoi cet état ? Allez savoir !

 

Il est vrai que ma nature est ainsi. Que l'anxiété me guette toujours lorsque je propose aux autres, à ce lecteur idéal pour qui j'écris, un aspect de moi-même. Vais-je convenir ? Vais-je répondre à ce que l'on attend de moi ? Ai-je vraiment quelque talent ? J'en sais de nombreux qui ne se posent pas de telles questions. Ils foncent, ils réussissent, ils épatent, ils n'attendent pas qu'on les reconnaisse, eux-mêmes se placent d'avance au plus haut de l'échelle. Ont-ils raison ? Ai-je tort ? Devrais-je aller de l'avant, toujours, et serrer les mains de tous ces inconnus qui, peut-être, parleraient de moi ensuite, de mon oeuvre ?

 

Oui, je m'inquiéte pour cet enfant qui naît. Je voudrais tant que son premier cri, attendu dans douze jours, soit bientôt suivi de mille autres, et de plus encore, et d'encore plus. Je m'inquiète, mais je suis aussi tellement heureux de le proposer à tous, tellement certain qu'on ne pourra que l'aimer, puisque j'ai tout fait pour cela, pour le réussir cet enfant, et qu'il vous plaise...

Ce jour même, à cette heure.

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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 16:52

louise-wimmer-gglatt.jpg Auditeur assidu, pour ne pas dire fervent de l'émission " On aura tout vu ", qu'animent avec bonheur Christine Masson et Laurent Delmas, sur France Inter, je n'ai pu m'empêcher, samedi dernier, 31 décembre 2011, de laisser monter en moi un sentiment d'exaspération, mêlé de colère.

 

La raison ? L'invitée de ce jour, Corinne Masiero dont le langage dépassait les bornes du supportable. Je parle bien entendu des termes et locutions grossières, preuve d'une mauvaise éducation évidente, d'un laisser aller de mauvais aloi, à moins, ce qui serait pire selon moi, mais reste probable, que cette personne n'ait souhaité faire bon genre.

 

Question " marketing ", puisque sa présence n'avait d'autre raison d'être, il me semble, j'en viendrais presque à espérer que le résultat ne puisse qu'être désastreux. Mais ce serait probablement dommage pour Cyril Mennegun et son film " Louise Wimmer. "

 

Corinne Masiero n'a certainement pas besoin de conseils. Je l'imagine d'ailleurs formulant une telle réponse si l'on devait l'interroger à ce sujet. Bien entendu, je ne doute pas davantage que les termes qu'elle utiliserait seraient plus fleuris que les miens.

 

Néanmoins, je lui suggèrerais de relire ses classiques : Victor Hugo, Zola, Sue, combien d'autres encore ? voire même Hector Malot qu'elle serait plus à même de comprendre peut-être. Elle y verrait que la misère y est toujours correcte, que son langage est souvent sobre, sans excès, et que cette sobriété, cette correction, ce simple emploi du mot juste, jamais ordurier, suffisent à tirer les larmes lorsque celles-ci s'imposent.

 

Les acteurs, les actrices ne devraient pas oublier qu'ils sont aussi des exemples. Et que le genre qu'ils se donnent, surtout quand il est mauvais, on le retrouve, hélas ! bien souvent dans la rue. Un rôle est un rôle, et il faut savoir s'en débarrasser pour mieux en vanter ensuite les possibles subtilités. Les comédiens de qualité le savent... Un exemple ? Isabelle Huppert. Mais il est vrai que n'est pas Isabelle Huppert qui veut...

 

Ce jour même, à cette heure.

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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 18:32

nov-11-1-cancale-gg.jpg J'aurais pu jeter l'ancre ailleurs, c'est juste. La France est assez grande, et ses provinces variées pour être attrayantes, toutes, chacune à sa façon. Cependant, c'est ici, à Cancale, que j'ai souhaité partager mon temps avec cette autre ville, Rueil-Malmaison, proche de la capitale, mais néanmoins déjà sur la bonne voie, je parle de la Nationale 13, celle qui mène en Normandie, puis, de là, en Bretagne, forcément. Mais je m’avance peut-être en écrivant forcément ; alors, disons qu’il en a été ainsi pour moi, et n’en parlons plus. Ou plutôt parlons-en, sinon j’en imagine qui souffleraient à l’oreille de leurs amis : « Encore un de ces hors-venus dont on se serait bien passé, tombé du ciel comme par miracle, sans rien en connaître ni même avoir goûté à l’un de nos choux ! » Quelle erreur, vraiment, quelle erreur ce serait, car, si je suis à Cancale aujourd’hui, ce fut mûrement réfléchi, vous pou-vez en croire la rincée qu’il m’a fallu essuyer le jour où la décision fut prise. Parce que, ce jour-là, je vous l’assure, la mer n’était pas la seule à être trempée comme une soupe.

nov-11-4-cancale-gg.jpg Oui, j’aurais pu m’installer en maints autres lieux. En Provence, par exemple. En Périgord ou en Limousin. En Bourgogne aussi ou en Alsace. Toutes ces provinces m’auraient accueilli. Aurais-je même eu besoin de leur demander leur avis ? La Provence, notamment, et l’Auvergne qui s’unissent à moi par le sang ou l’alliance. La Normandie, également, parce que l’écrivain Pierre Silvain, quarante années d’amitié, s’y rendait très souvent, comme Proust à Cabourg. Et la Bourgogne aussi, du côté de Vézelay, à cause de Jules Roy dont la maison, aussi inspirée que la colline, m’a paru ce havre de paix auquel j’aurais pu aspirer. Quant à la Haute-Savoie, je n’en dirai rien : J’avais huit ans, lorsque Chamonix et le Mont Blanc, pour me rendre la santé, marquèrent mes poumons de leurs empreintes. D’ailleurs, c’est la Haute-Savoie que j’ai quittée, après un demi-siècle d’amour fou.

 

Alors, pourquoi Cancale ? Pour ses huitres ? Sans doute, elles l’auraient mérité. Louis XIV n’en faisait-il pas son caprice ?  Que dis-je, les Romains, bien avant lui, en raffolaient déjà. Pour la baie du Mont-Saint-Michel, dont elle pourrait être, à l’ouest, la gardienne syndiquée ? Pour ses rudes Terre-neuvas, peut-être ? Ces inoubliables géants des mers. Pour son chemin de ronde, aussi ardu par endroits que ces pentes, dans les Aravis, que j’ai si souvent grimpées ? Pour ses goélettes aux mille voiles ? Ou pour sa gaillarde Bisquine ? Ou bien pour la Course du Rhum dont elle est le point de départ obligatoire ? Pour ses plages : Port-Mer et les autres ? Ou pour ces amis de longue date, bretons depuis toujours, et qui, six mois l’an, se ressourcent à Rothéneuf, à trois encablures d’ici. Mais Rothéneuf, Rothéneuf… Enfin, bon, ce n’est tout de même pas Cancale ! Qui oserait assurer du contraire ? Personne, j’espère, bien que tout soit possible…

 

nov-11-2-cancale-gg Alors, pourquoi Cancale ? Pourquoi ? N’y avait-il pas suffisamment d’endroits en Bretagne où, tout aussi bien, j’aurais pu m’installer ? Vous avez raison, j’en connais de plaisants, sur cette côté-ci, et plus loin encore, vers Perros-Guirec ou Roscoff, ou davantage vers le sud, comme Saint-Guénolé ou Bénodet, ou bien encore Le Croisic. Au moins, avez-vous remarqué que je ne quitte pas la mer des yeux ? Serait-ce à cause de mon père qui, toute sa vie, ne respira que pour les Messageries Maritimes ? Moi, gamin, la tête en l’air, je ne voyais pourtant que le ciel et les avions ! Ou à cause de mon grand-père, le père de mon père, lui-même marin ?  Patron de deux chalutiers, le Pierre et le Jean, attachés au port de Boulogne, c’était avant la Seconde Guerre mondiale, il ruina la famille. En 1916, encore avant, il commandait l’Escopette. Vous savez, cette frégate qui accompagna Blériot dans sa traversée de la Manche ? Ou à cause de mon frère aîné, un moment pilotin, puis officier mécanicien sur je ne sais plus quels cargos des Chargeurs Réunis. « Marche ou crève », disait-on. Sans doute, inconsciemment, il doit y avoir de tout cela. Pourtant, je ne peux m’empêcher de croire qu’à l’origine de la manœuvre, il y eut autre chose : par exemple, je pense à la recherche du paradis.

 

Dans son chef-d’œuvre, Vivre à Madère, Jacques Chardonne écrit ceci : « J’ai cherché les paradis sur la terre, et d’abord dans l’amour. L’Eden, le paradis perdu, l’âge d’or, le bonheur, c’est une singulière idée chez les hommes et assez ancrée ». Dix lignes plus loin, il ajoute encore : « Je ne veux pas d’un Eden où l’on souffre de la chaleur, plein de maladies, de serpents, de moustiques, et où les orages sont effrayants ; ni trop chargés de monuments et de souvenirs qui excitent la pensée. C’est une terre de l’oubli que je désire, une température modérée, égale toute l’année, et les beautés de la nature à foison ».

 

nov-11-3-cancale-gg.jpg Je ne sais pas si Cancale est vraiment si belle, et cela m’importe peu, la beauté est affaire de sentiments, elle l’est donc pour moi, et c’est ainsi que je l’aime. Comme j’ai aimé Funchal, et compris l’amour que Chardonne a pu lui porter. Vivre à Cancale, quel beau titre, n’est-ce pas, ce pourrait-être ? Comme Funchal s’appuie à la montagne, Cancale, telle une odalisque, s’adosse à la falaise : c’est le port de La Houle, ses cales, celle de l’Epi et celle de la Fenêtre. Entre Cancale et moi, une histoire de sentiments, je le répète, et rien d’autre. C’est là l’essentiel. L’infinie splendeur d’un ciel changeant, et d’une mer amante qui le tire à elle, chaque soir, quand le sombre survient. Ses surplombs au-dessus des parcs à huitres, des tracés de bois noirs, comme les griffures d’un chat, qui se dissolvent au loin. Ses camélias, en saison, que teinte la rouille, ses hortensias, et ses mimosas, et puis ses pins nombreux qui vibrent sous les coup du vent, et nous abritent, tandis qu’on s’arrête un moment pour respirer, et se dire, un peu triste malgré une agréable rêverie, qu’il est doux de vivre entre terre et mer, là où nous porte l’infini...

 

(Extrait de l'article paru sous le même titre dans les Cahiers de la vie à Cancale n° 35 de cette année 2011).

 

Ce jour même, à cette heure.

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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 16:06

nov-11-6-cancale-gg.jpg A Cancale, un jour de la semaine dernière, la brume s'était infiltrée dans les moindres recoins. Quel étonnement ! Le temps avait été si clair les jours précédents. Et le soir même, tandis que la nuit tombait, le soleil à son coucher avait encore bien à faire pour percer les nuages.

Pourtant, les Hauts de la Houle, une fois encore, m'ont emporté. Je n'étais pas seul, nous avons marché jusqu'à la rue des Jeux que nous avons descendue, tranquilles, puis gagné le port.

 

Sur le quai, nulle âme qui vive. Le ressac de la mer, à marée haute, qui crachotait son peu d'écume sur les pierres. Deux trois doris qui se balançaient doucement, sans même y prendre garde. Tout au loin, au bout de la cale de la Fenêtre, la lueur verte, intermittente, du phare. Et plus près, toujours plus près, au fur et à mesure que nous avancions, notre Cancalaise, masse échouée sur un carré de plage, sans mats, sans vergue, désolée, semblant se demander ce qu'elle faisait là, inutile et presque laide, parce que nue, défigurée, blessée. Elle qui n'était venue de l'été qu'une ou deux fois pour se montrer en apparat, et joyeuse, à tous ces gens, nombreux, qui fréquentent le port et qui auraient aimé qu'elle fût plus souvent à leur côté, j'imagine, et heureux de la voir entrer à marée haute ou s'éloigner, toutes voiles dehors.

 

Est-il donc à ce point réservé à quelques uns, ce navire des temps anciens dont on nous dit pourtant être si fier ? Quelle jalousie les pique, ceux-là qui la tiennent en chaîne, éloignée, trop éloignée, comme une esclave, à Port-Mer ou bien ailleurs... Ou bien encore à Saint-Malo ! Car, cet été, l'unique fois où j'ai pu la voir en beauté, c'est là-bas... Au large du sillon...

 

Ce jour même, à cette heure.

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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 23:15

chez-marie-cancale-gg.jpg Allez savoir pourquoi ? J'apprécie beaucoup cette portion de la rue du Port qui conduit de la place de l'Eglise Saint-Méen à la place de la Victoire. Etroite et quasi réservée aux piétons, il y a là quelques commerçants qui la rendent bien agréable, du Dressing by Inès, nouvellement installé, à la belle fromagerie qui fait également le coin avec la rue du Maréchal Juin. Je n'irai pas plus loin dans l'étalage de mon savoir de crainte d'oublier certains des acteurs qui font de ce lieu, je le répète, un passage obligé bien sympathique. Et puis, de toute façon, tôt ou tard, je dirai quelques mots de chacun d'eux.

 

Il y a quelques mois déjà, je déplorais la fermeture du Carpe Diem, le café qui, me semblait-il, ponctuait agréablement l'espace, grâce à ses quelques tables, posées ici et là, devant sa façade. Ainsi, les dimanches, jour de marché, pour peu que le temps soit de la partie, ce qui est de moins en moins rare, l'a-t-on remarqué ? l'animation était ici des plus plaisantes, qui incitait à ralentir l'allure, fussions-nous terrriblement en retard.

 

Je déplorais cette fermeture, mais je ne voulais pas y croire vraiment, aussi, voyant disparaître régulièrement le courrier qu'on glissait sous la porte, je me disais que ce lieu un jour ou l'autre ouvrirait à nouveau ces portes. Régulièrement, je jetais un œil ; je m'inquiétais tout de même un peu.

 

Et puis, l'hiver dernier, il a fallu que je m'absente. Une histoire de santé ! Dans ma tête, je n'avais pas quitté Cancale pour autant. J'écrivais. Je rêvais d'elle hier, je l'espérais demain. Je continuais de penser au Carpe Diem. Je me demandais : " Lorsque je reviendrai, y aura-t-il quelques lumières au-dessus du bar ? et quelques clients discutant joyeusement ? "

 

Ainsi, cet été, ai-je découvert Chez Marie, embelli et teinté de vieux rose, et, à nouveau, sur la terrasse, laissant un espace convenable aux véhicules, les tables et les sièges, et quelques parasols... Et, c'est vrai, j'ai retrouvé la vie qui nous faisait défaut, les voix éraillées de quelques uns, passant tout près, les verres pleins, assez souvent vides, les rires aigrelets des enfants. Il n'en fallait pas davantage pour que je fusses heureux.

 

Je n'étais jamais allé au Carpe Diem ; je me promets de faire un tour Chez Marie, pour un café par exemple.

 

Ce jour même, à cette heure.

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Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 11:35

cancale-pibroch-gg.jpg A Cancale, on le sait, il n'y a pas seulement les huîtres, il y aussi les grandes marées ; sa rue du Port avec sa crêperie : L'Hirondelle, où régnent avec bonheur Catherine, au fourneau, et Jocelyne, en salle, un jour j'en reparlerai, car pour toutes les deux, je l'avoue, j'ai un petit faible, ce qui ne signifie pas que la Crêperie du Port, sur la Houle, ou La Cancalaise, non loin du Musée, soient dépourvues d'agréments, bien au contraire ; il y a aussi le Musée, je viens de le citer, et les bois sculptés de l'abbé Quémerais, pour qui je réserve un article futur ; il y a le chemin de ronde et ses falaises, la Pointe du Grouin et, avant elle, le fort des Rimains ; et toutes une histoire de marins qui, à elle seule, constituerait la plus belle des encyclopédies maritimes.

 

Et puis, le 18 septembre, il y avait la 7ième édition des " Pibrochs en bord de mer ", cette manifestation celtique où les meilleurs solistes bretons et étrangers nous donnent à partager leur amour pour cet instrument qu'est la cornemuse, un instrument musical aux accents de mélancolie sauvage dont seul un violon, je songe ici à la sublime Méditation de Thaïs de Jules Massenet, peut égaler les complaintes douloureuses ou les amours sublimées.

 

cancale-pibrochs2-gg.jpg Si en 2010, le temps était de la partie, hélas ! cette année, il n'en fut pas de même. C'est ainsi que ce matin du 18 septembre, sur la pointe des Crolles, ce lieu privilégié qui domine et le port de la Houle et la baie du Mont Saint-Michel en son tout, nos solistes durent affronter une pluie battante, quasi torrentielle. Car ils jouèrent, en effet, les yeux fermés, les joues renflées, tout pleins de ces morceaux d'anthologies, comme ailleurs, je veux dire au-dessus des nuages que chassait le vent plutôt qu'en-dessous.

 

L'après-midi fut en revanche plus clémente, et la pluie plus rare aussi ; nous pûmes ainsi écouter à notre aise. Nous étions alors à Port-Picain. Pas si loin, dans nos têtes, des Highlands sauvages à la beauté mystérieuse où nous ont entraîné un moment le bruit des vagues et le souffle puissant des enchanteurs.

 

Ce jour même, à cette heure.

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