Publié par Gérard Glatt

vesperales.jpgUne fois lu " Vespérales ", on s'interroge. Deux heures ont passé, que reste-t-il ? Rien ou presque, on a déjà tout oublié. Alors, une inquiétude nous prend, qui nous impose de recommencer à partir de la première page. On a dû rater quelque chose, mais quoi ?

 

Une heure s'écoule à nouveau, c'est suffisant pour une relecture. Finalement, on s'aperçoit qu'on n'avait rien raté du tout ! Ce n'est pas que l'histoire soit inopérante en elle-même, la collection Harlequin a son succès et, jadis, Delly faisait les délices d'un bon nombre.

 

Alors, pourquoi est-ce que cela ne marche pas vraiment ? Est-ce parce qu'il s'agit d'une fantasmagorie ? L'auteur nous a prévenu : ce n'est pas un roman. Mais la différence est-elle si grande ? On a surtout le sentiment qu'en désignant ainsi son texte, l'auteur a souhaité ne pas se prendre au sérieux : invention pure et simple, scénario imaginaire. Et il a eu raison. Ce qui, en revanche, n'est pas l'idée que nous en donne l'éditeur, évoquant un récit poignant.

 

Pourquoi, cette histoire, l'oublie-t-on si vite ? L'histoire de ce peintre, dont une gamine, aveugle depuis l'âge de deux ans, est éprise ; qui hérite d'un vieux bonhomme qui l'avait pris sous son aile ; un peintre au talent certain, mais qui, trop souvent se laisse aller ; tantôt gigolo pour messieurs argentés, tantôt amoureux des mêmes, vraiment, c'est du moins ce que l'on suppose. Une histoire incroyable, un peu rose bonbon, mais qu'on relirait bien une fois encore tant on en a vite tourné les pages. Toute une vie, de bonheur et de souffrance. Toute une vie, de la naissance à la mort.

 

Eh bien, je vais tenter une réponse : il y manque la densité nécessaire, le poids des mots. Ce poids qu'ils auraient conservés, sans doute, si le livre, lui-même, dans sa forme, sinon dans le fond, n'était pas victime de sa mise en page, de sa présentation, de cette scansion incessante qui nous perturbe, de cet artifice visuel - sont-ce des vers ? est-ce de la prose ? pourquoi ces phrases en marches d'escaliers ? que rien ici, je veux dire que le propos ne justifie aucunement - qui nous distrait.

 

Une fable qui, ramassée, joliment ficelée, sans emphase, aurait été, dans son genre, un bijou. Je reste persuadé qu'on y a pensé. Alors, à qui la faute ?

 

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