Publié par Gérard Glatt

monsieur-le-commandant-gg.jpgComme L'hôtel des Ombres de Jean Touyarot, que j'ai récemment évoqué, Monsieur le Commandant se situe dans les années de guerre. Mais le discours de Romain Slocombe est tout autre, quasi insupportable, et pose parfois question tant on suppose de la part de l'auteur, à tort, de l'espère, j'en suis sûr, de jubilation cachée à écrire ce livre.

De quoi s'agit-il ? D'une lettre que l'Académicien français, Paul-Jean Husson, parmi les Amis du Maréchal Pétain, écrit au Sturmbanführer H. Schöllenhammer, Commandant de la Kreiskommandantur installée à Andigny, dans l'Eure.

Le 4 septembre 1942, ce Paul-Jean Husson s'adresse donc, d'une plume alerte, à ce commandant dans le but de lui confier, pour la sauver, sa belle-fille, une Juive originaire d'Allemagne dont il est tombé éperdument amoureux et de qui elle attend un enfant. Je dis bien Juive, parce que, sinon, cette lettre n'aurait aucun sens. Aucun sens car, durant plus de 240 pages, c'est dans un style à la fois ampoulé, précieux, maniéré à souhait, parfois gluant jusqu'à l'extrême, que cet Académicien déglutie de la pire des façons, pour mieux flatter le destinataire de sa missive, la haine qui est la sienne, et bien ressentie, d'une race sans l'existence de laquelle le monde serait (presque) parfait.

Pour ce faire, je veux dire, pour s'expliquer, se justifier aux yeux du Commandant, notre homme remonte aux temps anciens où il n'était pas encore veuf, mais toujours père de deux enfants : une fille, Jeanne, et un fils, Olivier, outre un troisième né d'une brève liaison : un certain André Pin. Avec quelle aisance, alors, nous apprend-il la mort de sa femme, puis celle de sa fille, puis la trahison d'Olivier, qu'il renie, bien sûr, lorsque celui-ci, un jour, lui annonce qu'il a décidé de rejoindre De Gaulle, en Angleterre ! Bon débarras, en fait, tant il a d'attirance pour Ilse, sa malheureuse belle-fille qu'il finira par séduire de la plus odieuse manière. Quelle désinvolture, encore, lorsqu'il nous donne à assister, y assistant lui-même, et tandis qu'il craint pour sa misérable peau, au supplice que la police allemande, épaulée en cela par de braves Français, impose à André Pin, le fils caché, opportunément retrouvé !

Ce livre, ce roman n'a rien d'attrayant en ceci qu'on ne sait où veut en venir Romain Slocombe. Car pas une fois, son Paul-Jean Husson n'éprouve de réelle compassion, je ne parlerai même pas d'émotion : tout le monde meurt autour de lui, et alors ? les Juifs, surtout les Juifs, puisqu'il faut bien vite les exterminer, et les autres aussi dans la foulée, puisque, de toute façon, Dieu retrouvera toujours les siens. Oui, où veut en venir Romain Slocombe ?

Au vrai, si j'ai bien compris, tout est dans la citation, mise en exergue, que Romain Slocombe nous donne du Passe-Temps de Paul Léautaud : " La trahison peut être le fait d'une intelligence supérieure, entièrement affranchie des idéologies civiques. " Ce que nous dit ici Paul Léautaud est vrai, sans nul doute. Le lecteur de Monsieur le Commandant doit donc supposer que dans l'esprit de Romain Slocombe, Paul-Jean Husson est une intelligence supérieure. Mais supposition gratuite, car je ne vois pas que les Académicien français soient nécessairement des intelligences supérieures. Et puis, de toute façon, est-ce que ce serait une excuse suffisante ? Est-ce que c'est une excuse suffisante pour en faire un héros de roman à l'haleine pestilentielle ? Parce que, tout de même, Paul-Jean Husson, à l'aveuglement défiant toute concurrence, se vautre dans la fange avec trop, beaucoup trop de bonheur. Son affranchissement à lui, après tout ? Sans doute ! Mais un affranchissement qui n'aura pas été à mon goût. Je le regrette.

Note : J'ai lu Monsieur le Commandant parce que Romain Slocombe était présent à la remise du Prix WIZO au mois de juin 2012, où j'étais également. A cette occasion, j'ai entendu parler de son ouvrage, l'une des dames de la WIZO assurant d'ailleurs à Romain Slocombe, comme elle passait à son côté, qu'elle allait en prendre vite connaissance. Alors, j'ai décidé d'en faire autant...

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