Publié par Gérard Glatt

les-yeux-de-sa-mere-gg.jpgUn écrivain, Mathieu Roussel, enquête sur le passé supposé trouble de Lena Weber. Pas si trouble que cela, en réalité, puisqu'elle n'a jamais fait que laisser tomber son mari et abandonner, plus ou moins, sa fille, Maria Canales, devenue danseuse étoile. Maria Canales a été élevée en Espagne par son père, espagnol de nationalité, et la soeur de celui-ci, Judit Canales. Or, ledit père vient de mourir. Suspens ! Lena Weber se rendra-t-elle à son enterrement ? Eh bien non, car elle ne peut évidemment abandonner, ne serait-ce qu'une journée, sa place de présentatrice vedette du journal télévisé. Mais, ce qu'elle n'a pas prévu, c'est qu'absente ou non, un jour ou davantage, importe peu au moment où se situe l'action du film : on a de toute façon décidé de la virer, et ce après quinze années de bons et loyaux services !

 

Maria Canales et sa Lena Weber de mère finissent tout de même par se rencontrer à Paris, autour d'un café, Maria Canales y séjournant quelque temps à l'occasion de représentations qu'elle doit y donner. J'oubliais : Maria Canales a également un fils, Bruno, jeune homme ténébreux, et néanmoins boxeur. Ce Bruno, elle l'a eu à l'âge de seize ans. Et elle n'a rien fait de mieux que de l'abandonner, comme elle-même l'a été (?) toute gamine  - comique de répétition ! qu'un psychanalyste décortiquerait ici avec humour. Bruno a donc pour patronyme Tremazan, et pour parents adoptifs Jean-Paul et Maylis Tremazan, tous deux séparés, parfaitement, et bretons. Bien sûr, maman en est béate d'admiration, qui redoute le jour où son petit chéri, désagréable au possible, apprendra la vérité. Aie, aie, aie ! Quant à papa, qui manque au fiston, futur boxeur, mais déjà serveur dans un hôtel, il se rattrape en tenant lieu et place d'entraîneur.

 

Mathieu Roussel, dont le rôle est tenu par Nicolas Duvauchelle, intervient donc au milieu de tout ce petit monde, se faisant d'ailleurs tabasser à l'occasion, mais pour une toute autre histoire, dans le but de déstabiliser les vilaines mamans, Lena Weber et Maria Canales, en l'occurrence Catherine Deneuve et Géraldine Pailhas, de mettre à mal le pauvre Bruno, et de détruire ce que les non moins pauvres Tremazan, Jean-Marc Barr et Marina Foïs, ont eu tant de mal à construire : donner une famille, une vraie, au gamin. Tout cela est si bien réussi, que notre écrivain se retrouve finalement piégé par son aimable machination, notamment par le petit Bruno, interprêté par Jean-Baptiste Lafarge, qui le trouve à son goût, le reluque sous la douche - oh ! les affreux tatouages ! -, et lui roule une jolie pelle avant de se faire jeter... gentiment tout de même, etc.

 

Dans tout cela, rien de dérangeant, au contraire, et l'émotion, voire le désarroi, que dégagent les personnages, quelles que soient les scènes, sont si justes parfois que le spectateur sympa s'y laisse prendre. Malheureusement, le scénario, écrit par Christopher Thomson et Thierry Klifa, le réalisateur, a un côté vide-grenier peu convaincant. Trop de choses, beaucoup trop d'idées peu ou mal exploitées, qui se choquent et s'entrechoquent, et restent souvent aussi superficielles qu'inutiles. Du même coup, des acteurs qui se débattent du mieux qu'ils peuvent au centre d'un univers auquel nous n'adhérons pas.

 

Une mention cependant pour Catherine Deneuve, remarquable dans le tout récent Potiche, et pour Géraldine Pailhas. Une autre encore pour les yeux de Jean-Baptiste Lafarge - il faut bien donner un sens au titre du film -, langoureusement rivés sur les fesses de Nicolas Duvauchelle. Mais est-ce suffisant pour une nomination aux Césars ? Pas si sûr.

 

Ce jour même, à cette heure.

Commenter cet article