Publié par Gérard Glatt

sidaction-2010.jpg" Résultats inférieurs aux attentes ", nous dit-on. Moins de promesses de dons que l'année dernière. Comme si le commun des mortels oubliait que le sida touche tout le monde, hétérosexuels comme homosexuels.

 

Doit-on y voir une réaction épidermique des donateurs potentiels aux colères répétées de Pierre Bergé, le Président du Sidaction ? Peut-être, mais je ne veux pas y croire. C'est vrai, il peut indisposer quelques uns, mais si l'on réfléchit un peu, si l'on accepte de voir clair, force est de reconnaître qu'il n'y a, dans ses propos, que de l'humain.

 

Ses colères sont saines et la marque d'une angoisse profonde : la certitude non dite, mais combien évidente, qu'il reste encore de vilaines racines à extirper dans l'inconscient collectif et que, seule, une véritable souffrance, plus encore qu'un vulgaire abcès, imposerait à la majorité d'ouvrir grand les yeux.

 

Pierre Bergé parle du Téléthon et du monopole dont il est le bénéficiaire. Pierre Bergé sait aussi autour de qui, et comment, et avec quels moyens, la machine est lancée chaque année. Mais il y a des choses qu'il ne faut pas dire en France. Par exemple, que la vie d'un gosse de dix ou douze ans relié à jamais à tout un arsenal de tuyaux sans lesquels il ne pourrait respirer ne vaut pas plus cher que celle d'un jeune à peine âgé de dix-huit ans victime, lui, du sida. Or, pour moi, comme pour Pierre Bergé, j'imagine, ce sont l'une et l'autre des vies, tout simplement, des vies qui n'ont pas de prix, des vies à sauver. Cela paraît évident. Comme il est évident que la vie de ces gamins, en Afrique, qui, chaque jour, arrivent au monde, eux aussi empoisonnés par le sida, vaut ce que valent toutes les vies sur cette terre. Pourtant, on ne le dirait pas. Parce que, sinon, Pierre Bergé ne se mettrait pas en colère. Et les moyens qu'il réclame, qu'il réclame avec ses tripes, il y a bon temps qu'il les aurait obtenus.

 

 Au vrai, ce n'est pas encore demain, je pense, que, dans la tête de chacun, on dissociera le sida de l'homosexualité. Ce n'est pas encore demain qu'on n'entendra plus parler de perversité : " Qu'ils se débrouillent entre eux ! " Tout est question de mentalité. Tout est question d'éducation. Tout est aussi, et surtout, question de volonté. Pierre Bergé n'en manque pas. Et beaucoup d'autres avec lui. Hélas, ce n'est pas suffisant.

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