Publié par Gérard Glatt

mon-musee-paul-veyneIl y a des personnages, ainsi, dont on apprend l'existence presque par hasard, et qui nous emportent aussitôt tant leur intelligence nous dépasse. On ne les envie même pas, ils sont si éloignés de nous, frôlant presque la perfection de leur savoir.

 

Il y a également ceux qui disparaissent, un jour, et dont cette disparition nous étonne, tant elle nous paraît incongrue. Ceux-là, ce sont les personnages que l'on a toujours connus, qui faisaient un peu partie de nous, sans la présence invisible desquels on n'imaginait pas vivre. Je pense à Jacqueline de Romilly, à l'enchantement qu'il y avait, qu'il y a toujours, grâce à l'image, de la voir et de l'entendre, ici ou là, dans sa maison de Provence ou à Paris, s'exprimer sans s'écouter jamais et, surtout, nous apprendre l'espoir.

 

Et puis il y a ces autres personnages dont on découvre, un beau matin, tout autant par hasard que les premiers, qu'ils existent eux aussi. Ils sont apparemment aussi importants que les précédents, du moins est-ce ainsi qu'on les considére, si j'en crois leur discours et le ton quasi déférent qu'utilisent à leur endroit ceux qui s'adressent à eux. Alors vous écoutez, vous écoutez France Inter, et vous écoutez son présentateur avec d'autant plus d'attention, ce jour-là, que la déférence n'est généralement pas son fort.

 

Vous l'écoutez interroger Monsieur Paul Veyne - eh oui, c'est ainsi, j'ignorais l'existence de ce grand homme -, et vous vous attendez à ce que cet éminent personnage, que l'on a invité à l'occasion de la sortie de son ouvrage " Mon musée imaginaire ", vous assène quelques réflexions géniales, notamment sur les peintres italiens, puisque c'est là le sujet de l'ouvrage.

 

jacqueline-de-romilly.jpgQue nenni ! En dehors de banalités ou de redites communes, dix minutes plus tard, nous n'avons toujours rien appris, sinon que La Joconde, sans Mona Lisa, finalement, ce ne serait pas si mal, son divin sourire intérieur nous masquant le paysage le plus réussi du Quattrocento ! Il faut bien avoir été professeur au Collège de France, en effet, pour sortir pareille boutade. Donc, à défaut de rire franchement, tout au moins sourions.

 

Arrive enfin la question hors sujet ! Paraît-il qu'à la prochaine rentrée scolaire, en classe de première, la littérature sera remplacée par la philosophie. Qu'en pensez-vous, (cher) Paul Veyne ? Assurément, répond à peu près l'interrogé, ce ne peut être que positif. A quoi bon tarabuster ces pauvres enfants à coups d'ouvrages écrits par des auteurs qui reprennent plus ou moins bien, à leur façon, les grandes idées philosophiques ? Allons droit au but, ne perdons surtout pas de temps. Personne, naturellement, ne réplique à cela : le grand homme a parlé. La belle sottise, pourtant ! Parce que, sans la littérature, que seraient les grandes idées pour le commun des mortels ? Il n'en connaîtrait rien, absolument. Parce que seule, la littérature prépare l'adolescent et, bientôt, l'adulte, comme le grec et le latin, ces matières auxquelles on a déjà tordu le cou, à la réflexion. Monsieur Paul Veyne l'ignore-t-il ? Quelle lacune ! Et quel dommage, vraiment, que Jacqueline de Romilly nous ait quittés.

 

Ce jour même, à cette heure.

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