Publié par Gérard Glatt

cancale-carpe-diem.jpgL'année dernière, c'était encore au mois de décembre, il était là, le Carpe Diem, bien à sa place, dans la rue du Port, avec sa terrasse minuscule, ses deux ou trois tables. Et puis, au mois de mars de cette année, lorsque je suis revenu, il était fermé. Après tout, me suis-je dit, au Carpe Diem, ils font comme les autres à Cancale, ils profitent de la saison creuse pour s'offrir quelques vacances. Mais en avril, toujours rien, au mois de mai et en juin non plus...

 

Je l'aimais bien ce bistrot. D'abord parce qu'il me rappelait le " Cercle des poètes disparus ". Carpe Diem, disait le professeur, se rappelleront certainement ceux qui ont vu le film, exortant ses élèves à profiter de ce que chaque jour de la vie leur apportait. Leçon de toute éternité que comprennent les sages.

 

Je l'aimais bien alors que je n'y suis jamais entré. Non pas que le désir m'en fît défaut, au contraire, puisque je me promettais toujours d'y aller prendre mon café, celui du matin, vers dix ou onze heures, qui me donne l'indispensable coup de pied là où il faut, sans lequel, pour moi, une journée ne serait pas une journée réussie.

 

Je l'aimais bien aussi, pour cette affichette collée à droite de la porte d'entrée : un arc en siècle. Cet arc en ciel qui accueille les autres, tous les autres. Le Carpe Diem était " gay friendly ", comme on dit, et, en cela, dans cette petite ville dont on m'a dit hier encore que j'avais beaucoup de chance de pouvoir y venir à mon gré, il avait quelque chose de généreux, comme les bras grands ouverts de Jeanne Jugan, notre sainte locale. 

 

Et puis je l'aime encore, parce que je sais que derrière le silence, la vie respire : le courrier que, chaque jour, le facteur glisse sous la porte, finit toujours par disparaître. Un signe, je ne peux en douter, qui ne trompe pas.

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