Publié par Gérard Glatt

L'autre jour, j'entendais Joann Sfar dire qu'un écrivain qui n'avait pas le temps de lire ferait aussi bien de faire autre chose que d'écrire. Si ce ne sont pas exactement ses mots, du moins le sens y est. Si j'avais pu l'applaudir, je n'aurais pas manquer de le faire. Donc, je lis, je lis, et je l'avoue pas assez à mon gré. Des livres qui me plaisent, d'autres que j'aimerais reposer aussitôt, mais auxquels cependant je m'accroche, et souvent à juste raison. Je lis, je lis, et ne délaisse aucun genre. Mais, que l'on me pardonne, que des livres édités par des éditeurs - Oh, me dira-t-on, mais qu'est-ce qu'un éditeur véritable ? - tout simplement parce que je sais, je connais le travail de ceux-ci, et souvent leur angoisse, et n'oserais jamais dire, comme je l'entends parfois : " Lisez mon livre, lisez-le, parce que je sais qu'il est bon, réussi, bien écrit, etc. " Quelle chance de savoir tout ça, d'avoir tant de certitudes ! Moi, cette chance, je ne l'ai jamais eue. 

Mais je me suis égaré, je crois, parce que c'était de quelques unes de mes dernières lectures que je voulais parler. Aujourd'hui, je parlerai donc de trois ouvrages, et demain ou après demain, ou plus tard, de trois autres. Et ainsi de suite, peut-être. 

Je connaissais Philippe Besson, mais n'avais encore rien lu de lui. Alors, je me suis lancé avec Un certain Paul Darrigrand (Pocket). " Cette année-là, j'avais vingt deux ans et j'allais, au même moment, rencontrer l'insaisissable Paul Darrigrand et flirter dangereusement avec la mort, sans que ces deux évènements aient de rapport entre eux... " Lui est seul, et jeune. Paul Darrigrand un peu plus âgé, et marié. Et pourtant, ils s'aiment. Philippe Besson, nous dit-on, poursuit son dialogue avec les fantômes de sa jeunesse et approfondit son souci d'exprimer sa vérité intime. S'il est difficile de quitter ce livre, sans doute est-ce en raison, notamment, de son style. La langue de Besson est des plus simples ; ses sentiments, il nous les livre sans détours, mais je le répète, avec simplicité. Tout ici est douceur et délicatesse.

Est-ce pour cela que je passe tout de suite au chef-d'œuvre de Margaret Atwood, Le tueur aveugle  (10/18) ? Peut-être, après tout. Plus de 650 pages aux lignes ô combien serrées. A comparer aux 165 pages aérées du roman de Philippe Besson. Seulement, voilà, ce pavé, on ne le lâche pas. De quoi s'agit-il ? D'un roman dans le roman, d'une vie pleine à ras bord d'illusions et de désillusions. Nous sommes en 1945, à Toronto. Dix jours après la fin de la guerre, Laura, petite fille du fondateur de la fabrique de boutons de Port Ticonderoga, et belle-sœur de l'industriel Richard E. Griffen, se jette d'un pont au volant de sa voiture. Elle laisse à sa sœur aînée, Iris, un roman posthume au parfum sulfureux. Cinquante ans plus tard, Iris égrène ses souvenirs et raconte leur histoire. Dès lors, l'univers romanesque de Margaret Atwood s'étoffe des couleurs vives et poignantes de la cruauté humaine et terriblement sombres parfois de ses bassesses. Impossible de raconter l'histoire que l'auteur nous donne à vivre. Mystère et suspense. Fresque historique. Récit d'anticipation comme seule, Margaret Atwood sait en écrire aujourd'hui. On se rappelle La Servante écarlate. Que l'on ne me demande pas si ce livre est à lire. Il faut le lire, si ce n'est déjà fait.

Et puis il y a le timide, le presque craintif Marc Pautrel qui nous présente La vie princière (Folio). Pas même 80 pages. Une bouchée de pain. Une longue nouvelle. Un poème d'amour. Un jeune homme écrit à une jeune fille. Pendant une huitaine de jours, ils ont eu l'occasion de se voir souvent. Où étaient-ils ? Dans un domaine. Le Domaine de la Treille, en Provence. Il y avait là des résidents. Qui faisaient quoi ? Peu importe. Était-ce un séminaire ? Une résidence littéraire ? Le jeune homme s'était épris de la jeune fille, mais il ne le lui a pas dit. Pourquoi ? Parce que, là-bas, chez elle, elle avait un compagnon qui l'attendait. Alors, ils sortaient ensemble, dînaient ensemble, travaillaient ensemble, et rien de plus. Puis elle s'en est allée. Rejoindre ce compagnon qui, peut-être, n'existait pas. Huit jours pendant lesquels le jeune homme s'était nourri d'elle, de sa présence, sans le lui dire. C'est clair, c'est limpide, et d'une grande fragilité. 

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